L’atelier des jolies plumes #3

 Jaclyn Sollars

Jaclyn Sollars

Ça y est, je suis devant le portail de la maison. Un, deux, trois. Allez, je compte jusque 15 et j’y vais. Mais je suis bloquée sur mon siège, tétanisée à l’idée qu’il sera peut être de mauvaise humeur.

Les beaux jours arrivent, je peux de moins en moins camoufler les marques qu’il me laisse et je dois ruser pour trouver des excuses quand on me demande ce qu’il m’est arrivé. Et les bleus à l’âme, je n’en parle même pas. Je suis sur un fil, comme un funambule. Un seul mouvement non contrôlé et je m’effondre.

Quatre, cinq, six. Si seulement j’arrivais à partir, à tourner la clé dans le contact de ma belle voiture et l’envoyer se faire foutre. Mais quelle vie offrirais-je alors à mon fils ? Et quel genre de mère je peux être à me poser ce genre de questions, alors qu’il souffre tellement de notre quotidien ?

Les travaux de la piscine vont bientôt commencer. Dans quelques mois, nous serons la parfaite incarnation de la réussite matérielle, il ne nous manquera qu’un gentil chien pour parfaire le portrait.

Aller, tourne cette saleté de clé et tire toi ! Je vais partir loin, changer de couleur de cheveux, de nom, dire à mon fils que je suis désolée et on recommencera tout comme avant. Comme avant qu’on s’installe ici. On vivra au bord de la mer, loin de tout ce qui nous détruit.

15. J’ouvre la porte. Et je me promets que demain, je compterai jusqu’à 20. Ou jusqu’à ce que j’ai la force de ne pas rentrer.

D.

Ce billet est écrit dans le cadre de l’atelier des jolies plumes, avec pour thème ce mois-ci :

“Parfois notre vie ne correspond plus à ce que l’on espère. C’est souvent dans ces moments que naît l’envie d’ailleurs. Mais vers quel ailleurs se rêve votre personnage et… franchira-t-il le pas ?”.