Disposons-nous réellement de notre corps ?

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La semaine dernière, l’avortement a été légalisé en Irlande et j’ai pu lire un peu partout : « les Irlandaises peuvent enfin disposer de leurs corps ». Depuis, je pense souvent à cette phrase car finalement, pouvons-nous dire que nous disposons réellement de notre corps, même en France où l’avortement n’est plus interdit depuis des décennies ?

Je me suis souvenue de ce billet , dans lequel j’expliquais le comportement plus que désagréable d’une infirmière lors d’un curetage après ma fausse couche. Elle ne savait pas que je n’avais pas décidé de faire partir cet œuf, elle n’imaginait pas ma souffrance de ne pas pouvoir donner suite à cette grossesse et elle m’a simplement parlé ultra sèchement et dit un truc du style :  « allez, ce n’est pas la peine de pleurer, vous avez fait votre choix ».

De quel droit peut-on porter un tel jugement ? Je n’ai jamais eu recours à l’avortement. Pour autant, est-ce que je pourrais supporter d’entendre ce genre de phrase ? N’aurais-je pas le droit de pleurer puisque justement, j’ai pris une décision qui me concerne mais qui m’affecte ? Le corps médical n’est-il pas sensé exercer un service sans porter un jugement et faire son travail sans pour autant culpabiliser ?

Si je dispose de mon corps, la décision me regarde. Si une femme « dans une bonne situation » (je fais exprès de mettre les guillemets), comprenez : en couple, dans une vie confortable, choisit de ne pas donner suite à une grossesse, doit-on forcément se dire « mais pourquoi fait-elle cela ? » Est-ce qu’on est obligées de garder un enfant parce qu’on en a les moyens ? Le droit à l’avortement est pour tout le monde, il me semble. Sauf que, si vous avez un mari et pas de problème d’argent, vous n’avez pas le droit dans l’inconscient collectif d’y recourir. Ou alors, vous n’êtes qu’une sale égoïste. Sauf que, si vous êtes dans une situation « compliquée », on n’est pas forcément de vote côté pour vous aider « dans les délais », des fois que vous changeriez d’avis. Et puis, vous êtes irresponsable et maintenant il vous faut assumer.

C’est un peu hypocrite de dire que les femmes disposent de leurs corps si elles sont continuellement jugées par les hommes et pire, par les femmes. Je ne minimise pas cet acte, mais je ne pense pas qu’une femme soit irresponsable si elle y a recours, quel que soit son contexte personnel, familial, financier, professionnel. Elle a ses raisons. Point. Elle a des solutions, la loi peut l’aider dans cette épreuve, c’est tout.

Peut-être suis-je trop utopiste. Peut-être que ça finira par changer.